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Citations sur la modernité

Une nouvelle révolution copernicienne est en cours…

« C’est bien la vie affec­tive, celle de tous les jours, qui nous incite à prendre acte d’un point de satu­ra­tion auquel est arri­vé la socié­té moderne […] Une nou­velle révo­lu­tion coper­ni­cienne est en cours […] voyant reve­nir un rap­port plus res­pec­tueux à la terre-mère”. Nous sommes ici au cœur bat­tant de l’éco­so­phie. »

Michel Maf­fe­so­li
L’Ordre des choses – Pen­ser la post­mo­der­ni­té, CNRS Edi­tions, 2014

Seule compte la résistance silencieuse d’un petit nombre…

« Seule compte la résis­tance silen­cieuse d’un petit nombre, dont la pré­sence impas­sible de convives de pierre” sert à créer de nou­veaux rap­ports, de nou­velles dis­tances, de nou­velles valeurs, et per­met de consti­tuer un pôle qui, s’il n’empêche certes pas ce monde d’égarés d’être ce qu’il est, trans­met­tra pour­tant à quelques-uns la sen­sa­tion de la véri­té, sen­sa­tion qui sera peut-être aus­si le début de quelque crise libé­ra­trice. »

Julius Evo­la
Révolte contre le monde moderne (Rivol­ta contro il mon­do moder­no), 1934

Le modernisme consiste à ne pas croire ce que l’on croit…

« Disons les mots. Le moder­nisme est, le moder­nisme consiste à ne pas croire ce que l’on croit. La liber­té consiste à croire ce que l’on croit et à admettre, (au fond, à exi­ger), que le voi­sin aus­si croie ce qu’il croit.
Le moder­nisme consiste à ne pas croire soi-même pour ne pas léser l’ad­ver­saire qui ne croit pas non plus. C’est un sys­tème de décli­nai­son mutuelle. La liber­té consiste à croire. Et à admettre, et à croire que l’ad­ver­saire croit.
Le moder­nisme est un sys­tème de com­plai­sance. La liber­té est un sys­tème de déférence.
Le moder­nisme est un sys­tème de poli­tesse. La liber­té est un sys­tème de res­pect.
Il ne fau­drait pas dire les grands mots, mais enfin le moder­nisme est un sys­tème de lâche­té. La liber­té est un sys­tème de cou­rage.
Le moder­nisme est la ver­tu des gens du monde. La liber­té est la ver­tu du pauvre. »

Charles Péguy
L’Argent, Les Cahiers de la Quin­zaine, 1913, Édi­tions des Équa­teurs, coll. Paral­lèles, 2008

Nous avons connu…

« Nous avons connu, nous avons tou­ché un monde, (enfants nous en avons par­ti­ci­pé), où un homme qui se bor­nait dans la pau­vre­té était au moins garan­ti dans la pau­vre­té. C’é­tait une sorte de contrat sourd entre l’homme et le sort, et à ce contrat le sort n’a­vait jamais man­qué avant l’i­nau­gu­ra­tion des temps modernes. Il était enten­du que celui qui fai­sait de la fan­tai­sie, de l’ar­bi­traire, que celui qui intro­dui­sait un jeu, que celui qui vou­lait s’é­va­der de la pau­vre­té ris­quait tout. Puis­qu’il intro­dui­sait le jeu, il pou­vait perdre. Mais celui qui ne jouait pas ne pou­vait pas perdre. Ils ne pou­vaient pas soup­çon­ner qu’un temps venait, et qu’il était déjà là, et c’est pré­ci­sé­ment le temps moderne, où celui qui ne joue­rait pas per­drait tout le temps, et encore plus sûre­ment que celui qui joue. »

Charles Péguy
L’Argent, Les Cahiers de la Quin­zaine, 1913, Édi­tions des Équa­teurs, coll. Paral­lèles, 2008

Le monde moderne est parvenu à un curieux état de rituel ou de routine…

« Le monde, par­ti­cu­liè­re­ment le monde moderne, est par­ve­nu à un curieux état de rituel ou de rou­tine, dans lequel il a tort même lors­qu’il a rai­son, pour­rions-nous pra­ti­que­ment dire. Dans une large mesure, il conti­nue à faire des choses rai­son­nables, mais il cesse rapi­de­ment d’a­voir le moindre mobile rai­son­nable de les faire. Il nous ser­monne inlas­sa­ble­ment sur le carac­tère mori­bond de la tra­di­tion ; et il ne se sou­tient encore que de la vie de la tradition. »

Gil­bert Keith Chesterton
La Chose, trad. Pierre Gugliel­mi­na, cha­pitre « Sur le cou­rage et l’in­dé­pen­dance », édi­tions Flam­ma­rion, coll. Cli­mats, 2015

L’homme révolté moderne…

« L’homme révol­té moderne ne sert pra­ti­que­ment plus l’ob­jet de sa révolte. En se rebel­lant contre tout, il a per­du le droit de se rebel­ler contre quoi que ce soit. »

Gil­bert Keith Chesterton
Ortho­doxie, 1908, trad. Lucien d’A­zay, édi­tions Flam­ma­rion, coll. Cli­mats, 2010

La France a inventé la modernité à partir du XVIIe siècle…

« La France a inven­té la moder­ni­té à par­tir du XVIIe siècle, avec le car­té­sia­nisme et la phi­lo­so­phie des Lumières. Sans doute est-ce pour cela qu’elle éprouve une énorme dif­fi­cul­té à abor­der le chan­ge­ment de para­digme en jeu aujourd’hui. Nous ne vou­lons pas voir que les valeurs modernes — rai­son, pro­grès, tra­vail — ne consti­tuent plus une matrice féconde. Alors, on parle de « moder­ni­té seconde », de « moder­ni­té tar­dive », de « moder­ni­té avan­cée ». Pre­nez la crise : selon moi, elle est bien plus qu’une crise finan­cière. Elle est crise au sens éty­mo­lo­gique de « crible ». Nous sommes en train de vivre le pas­sage au tamis des valeurs de la modernité.
[…] Notre pays a peur de la post­mo­der­ni­té. Il vit un pro­ces­sus de rétrac­tion. Nous sommes retour­nés aux grandes valeurs du XIXe siècle : l’État pro­vi­dence, le fonc­tion­na­riat, la crainte de devoir se débrouiller avec la vie. »

Michel Maf­fe­so­li
Il n’y a de pen­sée que lors­qu’il y a risque, L’Express, 15 août 2012

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