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Citations sur la modernité

Dans la plupart des sociétés policées modernes…

« Dans la plu­part des socié­tés poli­cées modernes, les ministres, les ban­quiers, les direc­teurs de jour­naux, les hauts fonc­tion­naires, les puis­sants échappent, sauf excep­tion, aux consé­quences des fautes ou des indé­li­ca­tesses qui enver­raient aux assises ou en cor­rec­tion­nelle des citoyens de moindre rang. Cette impu­ni­té appa­rem­ment accep­tée par le grand nombre n’en laisse pas moins sub­sis­ter de sourds dési­rs de châ­ti­ments. L’éveil impré­vi­sible de tels sen­ti­ments peut faire flam­ber des ran­cœurs d’une force vol­ca­nique. Des régimes appa­rem­ment bien assis peuvent subi­te­ment s’effondrer dans l’indifférence géné­rale, faute de défen­seurs, ou dans l’allégresse, en rai­son du grand nombre de mécontents. »

Domi­nique Venner
Le cœur rebelle, Les Belles Lettres, 1994, réédi­tion Pierre-Guillaume de Roux, 2014

Là où le sexe est mis en relief…

« Là où le sexe est mis en relief, il est natu­rel que la femme, sa dis­pen­sa­trice et son objet, prenne le pas, et c’est ce que l’on constate, à bien des égards, aujourd’­hui : à cette sorte de « démo­nie », d’intoxication sexuelle chro­nique qui est le propre de l’époque actuelle et se mani­feste de mille façons dans la vie publique et dans les mœurs, répond une gyno­cra­tie vir­tuelle, une ten­dance, sexuel­le­ment orien­tée, à la pré­émi­nence de la femme, pré­émi­nence qui, à son tour, est en rela­tion directe avec l’involution maté­ria­liste et uti­li­taire du sexe mas­cu­lin ; il en résulte que le phé­no­mène est sur­tout mani­feste dans les pays où, comme aux États-Unis, cette invo­lu­tion est par­ti­cu­liè­re­ment pous­sée, grâce au « pro­grès ». »

Julius Evo­la
Che­vau­cher le tigre (Caval­care la tigre), 1961

Si la construction de l’Europe a un sens…

« Si la construc­tion de l’Europe a un sens, c’est prin­ci­pa­le­ment à condi­tion que l’Europe sache inven­ter une solu­tion ori­gi­nale au malaise de la socié­té de consom­ma­tion, en s’inspirant de son expé­rience et de ses tra­di­tions. […] La mis­sion de l’Europe est de construire les digues qui cana­li­se­ront la socié­té de consom­ma­tion. Nous avons besoin d’établir quelque pou­voir, à défaut de quelque dieu, au-des­sus des ingé­nieurs du monde moderne, au-des­sus de l’empire des stocks et des bilans. »

Mau­rice Bardèche
Sparte et les Sudistes, édi­tions Les Sept Cou­leurs, 1969

Désormais, il n’y a plus dans la communauté que des automates…

« Désor­mais, il n’y a plus dans la com­mu­nau­té que des auto­mates manœu­vrés d’en haut, des rési­dus infi­ni­ment petits de l’homme, des âmes muti­lées, pas­sives et pour ain­si, mortes. Ins­ti­tué pour pré­ser­ver les per­sonnes, l’État les a toutes anéan­ties. Ins­ti­tué pour pré­ser­ver les pro­prié­tés, l’État les confisque toutes. »

Hip­po­lyte Taine
Les ori­gines de la France contem­po­raine, III – Le régime moderne, 1890

S’il y a jamais eu une civilisation d’esclaves…

« S’il y a jamais eu une civi­li­sa­tion d’esclaves dans les grandes lar­geurs, c’est bien la civi­li­sa­tion moderne. Aucune culture tra­di­tion­nelle n’a vu d’aussi grandes masses condam­nées à un tra­vail aveugle, auto­ma­tique et sans âme : escla­vage qui n’a même pas pour contre­par­tie la haute sta­ture et la réa­li­té tan­gible de figures de sei­gneurs et de domi­na­teurs, mais est impo­sé de façon ano­dine à tra­vers la tyran­nie du fac­teur éco­no­mique et des struc­tures d’une socié­té plus ou moins collectivisée. »

Julius Evo­la
Révolte contre le monde moderne (Rivol­ta contro il mon­do moder­no), 1934

L’homme moderne, l’homme de la technique, obsédé par son efficience…

« L’homme moderne, l’homme de la tech­nique, obsé­dé par son effi­cience, les objec­tifs à atteindre, n’a pour uni­vers men­tal que ce qui est subor­don­né à cette effi­ca­ci­té. Beau­té, sagesse, poé­sie, sont subal­ternes, à moins d’être mon­nayables. La tyran­nie de l’efficience débouche sur l’invivable, sur une nou­velle bar­ba­rie sans la san­té des bar­bares : la ville qui n’est pas une ville, la domi­na­tion de l’argent, le sac­cage de la nature et la mani­pu­la­tion du vivant. À force de cal­cu­ler, l’homme ren­contre l’incalculable. »

Domi­nique Venner
His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, Édi­tions du Rocher, coll. His­toire, 2002

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