Il ne me tarde pas de retrouver la société des professeurs…

« Il ne me tarde pas de retrou­ver la socié­té des pro­fes­seurs. Les pay­sans sont beau­coup plus agréables et même plus intéressants. »

Mar­tin Heidegger
Cor­res­pon­dance avec Karl Jas­pers (1920 – 1963), trad. Pas­cal David et Claude-Nico­las Grim­bert, édi­tions Gal­li­mard, coll. Biblio­thèque de Phi­lo­so­phie, 1997

Mais, hors de l’église, autour des bornes et des marches…

« Mais, hors de l’église, autour des bornes et des marches, les serfs étaient cou­chés côté à côte, rang sur rang, dans la terre, tous pareils, tous entre eux, comme des poi­gnées de terre prise aux labours. Là, toutes ces têtes dures et toutes ces pauvres mains étaient tom­bées en pous­sière. Dix noms effa­cés par les pluies, et c’était toute la force éteinte et renou­ve­lée de Sabo­las, depuis le temps où l’évêque Isarn chas­sa les Sar­ra­sins… Ces tré­pas­sés n’avaient en leur vie guère par­lé plus que les bœufs du sillon et les mou­tons du pâtis — et pour­tant ils lais­saient à leurs des­cen­dants maintes leçons. Nul gri­moire ne conser­vait aux coffres de Mor­tut le sou­ve­nir de mille manants défunts. Qu’est-ce que l’on savait d’eux ? Rien que ces noms qu’ils avaient trans­mis avec la peur de l’enfer, et le res­pect du sei­gneur, et l’appel confus de l’humaine fatigue vers l’avenir menteur… »

Hen­ri Béraud
Le bois du tem­plier pen­du, 1926, édi­tions Le Livre de Poche, 1965

C’était l’hiver. Il y était allé en voiture…

« C’était l’hiver. Il y était allé en voi­ture. Qui ne connaît pas la cam­pagne l’hiver ne connaît pas la cam­pagne, et ne connaît pas la vie. Tra­ver­sant les vastes éten­dues dépouillées, les vil­lages tapis, l’homme des villes est brus­que­ment mis en face de l’austère réa­li­té contre laquelle les villes sont construites et fer­mées. Le dur revers des sai­sons lui est révé­lé, le moment sombre et pénible des méta­mor­phoses, la condi­tion funèbre des renais­sances. Alors, il voit que la vie se nour­rit de la mort, que la jeu­nesse sort de la médi­ta­tion la plus froide et la plus déses­pé­rée et que la beau­té est le pro­duit de la claus­tra­tion et de la patience. »

Pierre Drieu la Rochelle
Gilles, édi­tions Gal­li­mard, 1939

La vie rurale se manifeste à nous comme la réunion…

« La vie rurale se mani­feste à nous comme la réunion de deux acti­vi­tés contraires et com­plé­men­taires. Elle est, en effet, une puis­sante vie de groupe. Elle est aus­si une tâche de soli­tude et de silence où l’individu prit sa valeur.

Nous savons déjà ce que fut cette com­mu­nau­té rurale. Nous savons d’où elle vient his­to­ri­que­ment. Mais c’est la men­ta­li­té pri­mi­tive qui en a déter­mi­né l’esprit. Le vil­lage agri­cole fut le suc­ces­seur du clan toté­mique. La puis­sance fixa­trice qui a éta­bli pour tou­jours le groupe humain sur un coin de sol était un ordre des dieux. Ces dieux étaient sur cette terre, ces eaux, ces arbres. L’homme est res­té immo­bi­li­sé de cette impas­sible immo­bi­li­té des choses. Ces maîtres muets…, ils ont pris jadis au hasard d’une tri­bu, une poi­gnée d’humanité, et ne l’ont jamais lâchée !… Et chaque vil­lage est encore sous cette main mus­clée de roche qui le tient depuis l’âge de pierre. »

Gas­ton Roupnel
His­toire de la cam­pagne fran­çaise, Édi­tions Ber­nard Gras­set, 1932

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