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Citations du XXème siècle

Toutefois le mal est fait…

« Tou­te­fois le mal est fait. Le pay­sage est détruit. On habite désor­mais dans un site inhar­mo­nique. Cette caco­pho­nie, si elle est insup­por­table aux âmes sen­sibles, ins­talle dans les âmes insen­sibles le besoin d’al­ler plus outre dans ces fausses voies où elles espèrent trou­ver une sorte de conten­te­ment qu’elles avaient, qu’elles n’ont plus. C’est ain­si qu’a­près toute une contrée, tout un pays peut s’en­lai­dir, et de plus en plus car, à l’o­ri­gine de cette lai­deur, il y a quel­qu’un qui pense pro­fit au lieu de pen­ser archi­tec­ture. Tout une popu­la­tion est mal à l’aise, sans savoir pourquoi. »

Jean Gio­no
La Chasse au bon­heur, édi­tions Gal­li­mard, 1988

Quand du haut de notre siège…

« Quand du haut de notre siège éle­vé nous regar­dions les séjours que l’homme a bâtis pour y cacher sa vie, son bon­heur, ses nour­ri­tures, ses reli­gions, alors tous les siècles fon­daient à nos yeux en une seule réa­li­té. Et les morts, comme si les tombes s’é­taient ouvertes, sur­gis­saient invi­si­ble­ment. Ils nous envi­ronnent dès que notre regard se pose avec amour sur une terre à l’an­tique culture, et tout comme leur héri­tage est vivant dans la pierre et dans le sillon, leur âme très ancienne est pré­sente sur les terres et les cam­pagnes. »

Ernst Jün­ger
Sur les falaises de marbre (Auf den Mar­mork­lip­pen) 1939, trad. Hen­ri Tho­mas, édi­tions Gal­li­mard 1942, coll. L’I­ma­gi­naire, 2017

En matière de langage…

« En matière de lan­gage, qui est l’ob­jet prin­ci­pal de la lit­té­ra­ture, il est clair que les mots se dégradent per­pé­tuel­le­ment. Ils cessent de dire ce qu’ils signi­fient ou de signi­fier ce qu’ils disent ; ils com­mencent tou­jours par signi­fier quelque chose qui non seule­ment est tout à fait dif­fé­rent, mais encore beau­coup moins défi­ni et beau­coup moins fort. Et dans cette chute des sym­boles choi­sis par l’homme, pour­rait bien se trou­ver un sym­bole de sa propre chute. Il a une dif­fi­cul­té à maî­tri­ser sa langue, non seule­ment en tant qu’or­gane de la parole, mais dans le sens de lan­gage par­lé. Presque tou­jours s’il n’y prête pas atten­tion, ce lan­gage s’af­fole ou, pire encore, s’affaiblit. »

Gil­bert Keith Chesterton
À bâtons rom­pus, pro­pos débri­dés, trad. Mau­rice Le Péchoux, Édi­tions L’Âge d’Homme, 2010

Le conte de fées…

« Le conte de fées envi­sage ce qu’un homme saint d’es­prit ferait dans un monde de fous. Le roman réa­liste et pru­dent d’au­jourd’­hui envi­sage ce qu’un homme essen­tiel­le­ment fou ferait dans un monde insignifiant. »

Gil­bert Keith Chesterton
Ortho­doxie, 1908, trad. Lucien d’A­zay, édi­tions Flam­ma­rion, coll. Cli­mats, 2010

Sentinelle, sentinelle, c’est en marchant…

« Sen­ti­nelle, sen­ti­nelle, c’est en mar­chant le long des rem­parts dans l’en­nui du doute qui vient des nuits chaudes, c’est en écou­tant les bruits de la ville quand la ville ne te parle pas, c’est en sur­veillant les demeures des hommes quand elles sont morne assem­blage, c’est en res­pi­rant le désert autour quand il n’est que vide, c’est en t’ef­for­çant d’ai­mer sans aimer, de croire sans croire, et d’être fidèle quand il n’est plus à qui être fidèle, que tu pré­pares en toi l’illu­mi­na­tion de la sen­ti­nelle, qui te vien­dra par­fois comme récom­pense et don de l’a­mour. »

Antoine de Saint-Exupéry
Cita­delle, édi­tions Gal­li­mard, 1948

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