La mort a disparu de la cité…

« La mort a dis­pa­ru de la cité, autant que de la vie quo­ti­dienne. Elle a été exfil­trée vers des endroits spé­cia­li­sés. Elle qui était si fami­lière aux humains, si mêlée à leur vie quo­ti­dienne jusqu’ici. La mort – qui a long­temps été un évé­ne­ment public – s’est reti­rée dans la sphère pri­vée et a dis­pa­ru de la cité. Des contem­po­rains atteignent désor­mais la cin­quan­taine sans avoir vu un cadavre de leur vie. »

Robert Rede­ker
« Véri­tés sur la mort à l’heure du trans­hu­ma­nisme », Élé­ments n°170, février 2018

Le libéralisme économique, c’est l’extension du domaine de la lutte…

« Le libé­ra­lisme éco­no­mique, c’est l’extension du domaine de la lutte, son exten­sion à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la socié­té. De même, le libé­ra­lisme sexuel, c’est l’extension du domaine de la lutte, son exten­sion à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société. »

Michel Houel­le­becq
Exten­sion du domaine de la lutte, Édi­tions Mau­rice Nadeau, 1994

Tout comme le libéralisme économique sans frein…

« Tout comme le libé­ra­lisme éco­no­mique sans frein, et pour des rai­sons ana­logues, le libé­ra­lisme sexuel pro­duit des phé­no­mènes de pau­pé­ri­sa­tion abso­lue. Cer­tains font l’a­mour tous les jours ; d’autres cinq ou six fois dans leur vie, ou jamais. Cer­tains font l’a­mour avec des dizaines de femmes ; d’autres avec aucune. C’est ce qu’on appelle la loi du mar­ché”. »

Michel Houel­le­becq
Exten­sion du domaine de la lutte, Édi­tions Mau­rice Nadeau, 1994

Les dieux ne sont pas morts : seule est morte notre perception…

« Les dieux ne sont pas morts : seule est morte notre per­cep­tion des dieux. Ils ne sont pas par­tis : nous avons ces­sé de les voir […] Mais ils conti­nuent d’être là et de vivre comme ils ont tou­jours vécu, dans la même per­fec­tion et la même sérénité. »

Fer­nan­do Pessoa 
Le livre de l’intranquillité (Livro do Desas­sos­se­go por Ber­nar­do Soares, 2 vol.),1982 (post­hume), trad. Fran­çoise Laye, Chris­tian Bour­geois édi­teur, 2 vol., 1988 – 1992

Ce monde-ci, le même pour tous les êtres…

« Ce monde-ci, le même pour tous les êtres, aucun des dieux ni des hommes ne l’a créé ; mais il a tou­jours été et il est, et il sera un feu tou­jours vivant, s’al­lu­mant avec mesure et s’é­tei­gnant avec mesure. »

Héra­clite
Frag­ments, 30, 576 – 480 av. notre ère, trad. Jean-Fran­çois Pra­deau, édi­tions Gar­nier-Flam­ma­rion, 2018

Pourquoi est-ce toute la beauté de la vie qui saisit…

« Pour­quoi est-ce toute la beau­té de la vie qui sai­sit, au lieu que ce soit nous qui la sai­sis­sions ? Hélas, de même que l’homme est pous­sière et rede­vien­dra pous­sière, toute beau­té est nos­tal­gie et rede­vient nos­tal­gie. Nous la pour­sui­vons jus­qu’à ce qu’elle devienne nos­tal­gie. »

Wal­ter Flex
Le pèle­rin entre deux mondes (Der Wan­de­rer zwi­schen bei­den Wel­ten), 1916, trad. Phi­lippe Marcq, édi­tions ACE, 2020

Qu’est-ce que la discrimination, si ce n’est l’action de distinguer…

« Qu’est-ce que la dis­cri­mi­na­tion, si ce n’est l’action de dis­tin­guer une chose d’une autre ? Dis­cri­mi­ner, c’est tra­cer des fron­tières, défi­nir des limites. Dans l’absolu, être, c’est déli­mi­ter un dedans et un dehors, c’est donc éga­le­ment dis­cri­mi­ner. Un pays n’existe que par ses fron­tières et les dif­fé­rences ne se concré­tisent que par des sépa­ra­tions. Toute action effec­tuée ou parole énon­cée en exclut fata­le­ment une autre et se trouve de fac­to dis­cri­mi­na­toire. Toute vie dif­fé­ren­ciée implique donc néces­sai­re­ment une dis­cri­mi­na­tion, une pré­fé­rence, une hiérarchie. »

Thi­bault Mercier
Athé­na à la borne. Dis­cri­mi­ner ou dis­pa­raître ?, Pierre-Guillaume de Roux édi­teur, 2019

Les Grecs étaient poètes, philosophes, tragédiens et savants…

« À l’époque d’Alcée, quand leur terre était encore riche d’arbres, de rivières et d’oiseaux, les Grecs étaient poètes, phi­lo­sophes, tra­gé­diens et savants. Ils avaient déjà tour­né toute leur atten­tion vers l’homme, parce que la nature était encore vivante et habitée.
Quand s’émeut-on du sort d’une chose ? Quand celle-ci est mena­cée ou déjà morte. L’absence de sen­ti­ment par­ti­cu­lier – déta­ché – de la nature ne signi­fiait nul­le­ment leur indif­fé­rence mais au contraire une empa­thie, une connais­sance et sur­tout une connexion que nous avons peine aujourd’hui à imaginer. »

Éric Gro­lier
Ce que nous sommes. Aux sources de l’i­den­ti­té euro­péenne, Phi­lippe Conrad dir., édi­tion Ins­ti­tut Iliade / Pierre-Guillaume de Roux, 2018

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