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Charles Péguy

Né le 7 janvier 1873 à Orléans (Loiret) et mort pour la France le 5 septembre 1914 à Villeroy (Seine-et-Marne), Charles Péguy est un écrivain, poète, essayiste et officier de réserve français. Son œuvre, multiple, comprend des mystères d'inspiration médiévale en vers libres, comme Le Porche du Mystère de la deuxième vertu (1912) et des recueils de poèmes en vers réguliers, comme La Tapisserie de Notre-Dame (1913) d'inspiration mystique et évoquant notamment Jeanne d'Arc, un symbole de l'héroïsme des temps sombres, auquel il reste toute sa vie profondément attaché. Intellectuel engagé : d’abord militant socialiste, anticlérical, puis dreyfusard au cours de ses études, il se rapproche à partir de 1908 du catholicisme et du nationalisme ; il reste connu pour sa poésie et ses essais, notamment Notre Jeunesse (1910) ou L'Argent (1913), où il exprime ses préoccupations sociales et son rejet de l'âge moderne, où toutes les antiques vertus se sont altérées.

Source : wiki­pe­dia

Découvrez 28 citations de Charles Péguy

Que les instituteurs se contentent donc de ce qu’il y a de plus beau…

« C’est dire par consé­quent que le plus beau métier du monde, après le métier de parent, (et d’ailleurs c’est le métier le plus appa­ren­té au métier de parent), c’est le métier de maître d’é­cole et c’est le métier de pro­fes­seur de lycée. Ou si vous pré­fé­rez c’est le métier d’ins­ti­tu­teur et c’est le métier de pro­fes­seur de l’en­sei­gne­ment secon­daire. Mais alors que les ins­ti­tu­teurs se contentent donc de ce qu’il y a de plus beau. Et qu’ils ne cherchent point à leur tour à expli­quer, à inven­ter, à exer­cer un gou­ver­ne­ment spi­ri­tuel ; et un gou­ver­ne­ment tem­po­rel des esprits. Ce serait aspi­rer à des­cendre. C’est à ce jeu pré­ci­sé­ment que les curés ont per­du la France. Il n’est peut-être pas très indi­qué que par le même jeu les ins­ti­tu­teurs la perdent à leur tour. Il faut se faire à cette idée que nous sommes un peuple libre. Si les curés s’é­taient astreints, et limi­tés, à leur minis­tère, le peuple des paroisses serait encore ser­ré autour d’eux. Tant que les ins­ti­tu­teurs ensei­gne­ront à nos enfants la règle de trois, et sur­tout la preuve par neuf, ils seront des citoyens consi­dé­rés. »

Charles Péguy
L’Argent, Les Cahiers de la Quin­zaine, 1913, Édi­tions des Équa­teurs, coll. Paral­lèles, 2008

Le modernisme consiste à ne pas croire ce que l’on croit…

« Disons les mots. Le moder­nisme est, le moder­nisme consiste à ne pas croire ce que l’on croit. La liber­té consiste à croire ce que l’on croit et à admettre, (au fond, à exi­ger), que le voi­sin aus­si croie ce qu’il croit.
Le moder­nisme consiste à ne pas croire soi-même pour ne pas léser l’ad­ver­saire qui ne croit pas non plus. C’est un sys­tème de décli­nai­son mutuelle. La liber­té consiste à croire. Et à admettre, et à croire que l’ad­ver­saire croit.
Le moder­nisme est un sys­tème de com­plai­sance. La liber­té est un sys­tème de défé­rence.
Le moder­nisme est un sys­tème de poli­tesse. La liber­té est un sys­tème de res­pect.
Il ne fau­drait pas dire les grands mots, mais enfin le moder­nisme est un sys­tème de lâche­té. La liber­té est un sys­tème de cou­rage.
Le moder­nisme est la ver­tu des gens du monde. La liber­té est la ver­tu du pauvre. »

Charles Péguy
L’Argent, Les Cahiers de la Quin­zaine, 1913, Édi­tions des Équa­teurs, coll. Paral­lèles, 2008

Monsieur Naudy me rattrapa…

« Mon­sieur Nau­dy me rat­tra­pa si je puis dire par la peau du cou et avec une bourse muni­ci­pale me fit entrer en sixième à Pâques, dans l’ex­cel­lente sixième de Mon­sieur Guer­rier. Il faut qu’il fasse du latin, avait-il dit […] Ce que fut pour moi cette entrée dans cette sixième à Pâques, l’é­ton­ne­ment, la nou­veau­té devant rosa, rosae, l’ou­ver­ture de tout un monde, tout autre, de tout un nou­veau monde, voi­là ce qu’il fau­drait dire, mais voi­là ce qui m’en­traî­ne­rait dans des ten­dresses. Le gram­mai­rien qui une fois la pre­mière ouvrit la gram­maire latine sur la décli­nai­son de rosa, rosae n’a jamais su sur quels par­terres de fleurs il ouvrait l’âme de l’en­fant. »

Charles Péguy
L’Argent, Les Cahiers de la Quin­zaine, 1913, Édi­tions des Équa­teurs, coll. Paral­lèles, 2008

Nous avons connu…

« Nous avons connu, nous avons tou­ché un monde, (enfants nous en avons par­ti­ci­pé), où un homme qui se bor­nait dans la pau­vre­té était au moins garan­ti dans la pau­vre­té. C’é­tait une sorte de contrat sourd entre l’homme et le sort, et à ce contrat le sort n’a­vait jamais man­qué avant l’i­nau­gu­ra­tion des temps modernes. Il était enten­du que celui qui fai­sait de la fan­tai­sie, de l’ar­bi­traire, que celui qui intro­dui­sait un jeu, que celui qui vou­lait s’é­va­der de la pau­vre­té ris­quait tout. Puis­qu’il intro­dui­sait le jeu, il pou­vait perdre. Mais celui qui ne jouait pas ne pou­vait pas perdre. Ils ne pou­vaient pas soup­çon­ner qu’un temps venait, et qu’il était déjà là, et c’est pré­ci­sé­ment le temps moderne, où celui qui ne joue­rait pas per­drait tout le temps, et encore plus sûre­ment que celui qui joue. »

Charles Péguy
L’Argent, Les Cahiers de la Quin­zaine, 1913, Édi­tions des Équa­teurs, coll. Paral­lèles, 2008

On ne vivait point encore dans l’égalité…

« Et ce bon­heur, ce cli­mat de bon­heur. Évi­dem­ment on ne vivait point encore dans l’é­ga­li­té. On n’y pen­sait même pas, à l’é­ga­li­té, j’en­tends à une éga­li­té sociale. Une inéga­li­té com­mune, com­mu­né­ment accep­tée, une inéga­li­té géné­rale, un ordre, une hié­rar­chie qui parais­sait natu­relle ne fai­sait qu’é­ta­ger les dif­fé­rents niveaux d’un com­mun bon­heur. On ne parle aujourd’­hui que de l’é­ga­li­té. Et nous vivons dans la plus mons­trueuse inéga­li­té éco­no­mique que l’on n’ait jamais vue dans l’his­toire du monde. On vivait alors. On avait des enfants. Ils n’a­vaient aucu­ne­ment cette impres­sion que nous avons d’être au bagne. Ils n’a­vaient pas comme nous cette impres­sion d’un étran­gle­ment éco­no­mique, d’un col­lier de fer qui tient à la gorge et qui se serre tous les jours d’un cran. Ils n’a­vaient point inven­té cet admi­rable méca­nisme de la grève moderne à jet conti­nu, qui fait tou­jours mon­ter les salaires d’un tiers, et le prix de la vie d’une bonne moi­tié, et la misère, de la dif­fé­rence. »

Charles Péguy
L’Argent, Les Cahiers de la Quin­zaine, 1913, Édi­tions des Équa­teurs, coll. Paral­lèles, 2008

Ils disaient en riant…

« Ils disaient en riant, et pour embê­ter les curés, que tra­vailler c’est prier, et ils ne croyaient pas si bien dire.
Tant leur tra­vail était une prière. Et l’a­te­lier un ora­toire. »

Charles Péguy
L’Argent, Les Cahiers de la Quin­zaine, 1913, Édi­tions des Équa­teurs, coll. Paral­lèles, 2008

Que reste-t-il aujourd’hui de tout cela ?…

« Que reste-t-il aujourd’­hui de tout cela ? Com­ment a‑t-on fait, du peuple le plus labo­rieux de la terre, et peut-être du seul peuple labo­rieux de la terre, du seul peuple peut-être qui aimait le tra­vail pour le tra­vail, et pour l’hon­neur, et pour tra­vailler, ce peuple de sabo­teurs, com­ment a‑t-on pu en faire ce peuple qui sur un chan­tier met toute son étude à ne pas en fiche un coup. Ce sera dans l’his­toire une des plus grandes vic­toires, et sans doute la seule, de la déma­go­gie bour­geoise intel­lec­tuelle. Mais il faut avouer qu’elle compte. Cette vic­toire. »

Charles Péguy
L’Argent, Les Cahiers de la Quin­zaine, 1913, Édi­tions des Équa­teurs, coll. Paral­lèles, 2008

Nous avons été nourris dans un peuple gai…

« Le croi­ra-t-on, nous avons été nour­ris dans un peuple gai. Dans ce temps-là un chan­tier était un lieu de la terre où des hommes étaient heu­reux. Aujourd’­hui un chan­tier est un lieu de la terre où des hommes récri­minent, s’en veulent, se battent ; se tuent.
De mon temps tout le monde chan­tait. (Excep­té moi, mais j’é­tais déjà indigne d’être de ce temps-là.) Dans la plu­part des corps de métiers on chan­tait. Aujourd’­hui on renâcle. Dans ce temps-là on ne gagnait pour ain­si dire rien. Les salaires étaient d’une bas­sesse dont on n’a pas idée. Et pour­tant tout le monde bouf­fait. Il y avait dans les plus humbles mai­sons une sorte d’ai­sance dont on a per­du le sou­ve­nir. Au fond on ne comp­tait pas. Et on n’a­vait pas à comp­ter. Et on pou­vait éle­ver des enfants. Et on en éle­vait. Il n’y avait pas cette espèce d’af­freuse stran­gu­la­tion éco­no­mique qui à pré­sent d’an­née en année nous donne un tour de plus. On ne gagnait rien ; on ne dépen­sait rien ; et tout le monde vivait. »

Charles Péguy
L’Argent, Les Cahiers de la Quin­zaine, 1913, Édi­tions des Équa­teurs, coll. Paral­lèles, 2008

Le gouvernement parlementaire n’est pas tant…

« Le gou­ver­ne­ment par­le­men­taire n’est pas tant le gou­ver­ne­ment de la tri­bune ; et même, il n’est pas tant le gou­ver­ne­ment des com­mis­sions ; il est le gou­ver­ne­ment des cou­loirs. »

Charles Péguy
Débats par­le­men­taires, Les Cahiers de la Quin­zaine, IV-18, 1903, in Œuvres en prose com­plètes, Tome I, édi­tions Gal­li­mard, coll. Biblio­thèque de la Pléiade, 1987

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